L'argile est désormais volontiers
délaissée pour des médicaments plus modernes. Pourtant, ses vertus
ne sont pas imaginaires. Elle conserve de nombreuses indications,
aussi bien en applications locales que par voie orale.
Les Égyptiens utilisaient déjà l'ocre jaune, une
sorte d'argile, pour le traitement des blessures et n'hésitaient pas
à baigner les malades dans les limons du Nil. Plus près de nous,
Hippocrate, le père de la médecine moderne, préconise la terre de
Lemnos, une île de la mer Égée. L’argile, historiquement, est la
partenaire du médecin et du vétérinaire.
Tout cela était évidemment empirique et il a
fallu attendre les progrès de la chimie et de la physique pour
expliquer les propriétés de l'argile qui ne sont pas virtuelles.
Nous n'enterrons pas ici dans des considérations
géologiques complexes, mais il faut savoir qu'il n'existe pas une
argile mais des argiles aux propriétés différentes (encadré) liées à
leurs variations structurales. Elles partagent toutefois des
similitudes : ce sont des roches à grains fins, dont la couleur
varie en fonction des minéraux qui les composent. Elles sont
cassantes, dures à l'état sec et se brisent facilement de manière
irrégulière. Elles sont également des propriétés colloïdales : dans
l'eau, elles gonflent, perdent leur cohésion et se dispersent. Leur
surface est acide.
Leur hydratation est exothermique, ce qui
signifie que leur dilution dans l'eau engendre de la chaleur.
Les argiles sont dites plastiques : elles forment
au contact de l'eau une pâte qui peut être modelée. Ceci est dû à
leur structure lamellaire : quand l'argile est appliquée, il se
forme microscopiquement des lamelles qui s'empilent parallèlement.
On parle aussi de thixotropie : cela signifie que
les argiles sont visqueuses si on les laisse au repos, et deviennent
plus liquides quand on les agite. Cette propriété est très utilisée
pour les excipients dans l'industrie pharmaceutique. Leur pouvoir
couvrant est très variable selon les variétés. Cette caractéristique
est essentielle quand on s'intéresse à l'argile en tant que
pansement digestif. L'argile la plus couvrante est la smectite.
Des propriétés variées
Absorption : Une des propriétés
recherchées en thérapeutique est la capacité d'absorption.
Absorption d'odeurs, de molécules, etc.
Pouvoir hémostatique : certaines argiles
ont la capacité de stimuler les facteurs de la coagulation sanguine.
Il s'agit essentiellement de la kaolinite, de la bentonite (de la
famille des smectites) et de l'attapulgite. On peut donc espérer en
les appliquant diminuer les temps de coagulation. D'où des
indications intéressantes en pathologie digestive (ulcères qui
saignent, rectocolites hémorragiques, etc).
Adsorption : elle est liée à la structure
cristalline des argiles et variable selon leur type. Les argiles
sont capables d'adsorber des agents pathogènes (bactéries, virus),
des gaz, des toxines. C'est une sorte de piégeage qui permet
d'éliminer plus facilement ces indésirables dans les fèces. Ce
pouvoir adsorbant est aussi utilisé dans des produits de nettoyage
(terre de Sommières).
Les argiles en pathologie digestive
Le tube digestif se défend dans les conditions
normales de diverses manières : grâce à son mucus protecteur, à la
cohésion de ses cellules, à la sécrétion d'immunoglobulines, à la
présence d'une flore saprophyte bénéfique qui s'oppose à la
multiplication des germes pathogènes.
On comprend aisément qu'une argile à fort pouvoir
couvrant qui, de plus, n'est aucunement absorbée par la paroi
digestive, va le protéger mécaniquement.
L’argile va de plus exercer un effet tampon sur
le pH digestif, mais cet effet semble marginal. Par ailleurs,
l'argile a un effet stabilisateur sur le mucus, dans lequel elle
s'intrique intimement. Il semblerait également qu'elle stimule la
production de mucus et favorise son élasticité.
Chez les animaux de laboratoire, il a été montré
que les argiles diminuent considérablement les conséquences de
l'administration d'anti-inflammatoires, d'alcool ou même de
bactéries pathogènes.
Les applications locales
Les cavaliers connaissent surtout l'argile en
applications locales. Le cataplasme est la forme d'utilisation la
plus courante on le prépare avec de l'argile sèche. On évitera à ce
propos tous les récipients en métal. Il ne faut pas remuer mais
laisser la préparation reposer quelques heures : on doit obtenir une
pâte lisse, pas trop épaisse. On peut appliquer l'argile tiède,
froide ou chaude (sans la faire cuire car elle perd ses propriétés).
Pour l'application, on doublera la zone à traiter
et l'on étalera sur une épaisseur de 1 à 2 cm, sur un tissu non
synthétique qui sera appliqué à même la peau puis fixé avec du
sparadrap ou une bande Velpeau. La durée d'application varie de 1 à
3 heures. Après cela, le cataplasme s'enlève habituellement
facilement, on peut le mouiller légèrement pour plus de facilité.
L’argile ne doit pas être réemployée car elle a
adsorbé toutes sortes de substances. Ces cataplasmes ont des
indications variées : états inflammatoires, brûlures, arthrose,
maturation des abcès, engorgements après le travail, etc.
En réalité, l'argile ne mérite ni excès de
louange ni indignité : on retiendra ses propriétés remarquables en
pathologie digestive, et son apport intéressant dans la pathologie
de l'appareil locomoteur.
Sources : Delphine Long, les
argiles en thérapeutique vétérinaire. Thèse pour le doctorat
vétérinaire, Lyon 2001, n° 82 ~ Revue
"Cheval Santé" n° 25.