L’âne demeure un animal indispensable à
l'économie des pays en voie de développement où on l'utilise
également pour la production mulassière. Chez nous, en occident, il
devient populaire en tant qu'animal de compagnie. La médecine
vétérinaire a longtemps considéré le chat comme un petit chien avant
de se rendre compte des extrêmes différences métaboliques entre les
deux espèces. Il en va de même pour l’âne qui suscite l'intérêt des
chercheurs, notamment dans le domaine de la reproduction. En cette
matière, l'âne se différencie résolument du cheval.
Le rituel d'accouplement présente des différences
importantes par rapport à ce qui est observé chez l'étalon. Un
baudet mis en présence d'une ânesse manifeste des signes
d'interaction intenses mais de courte durée : braiments, olfaction
(exploration du corps de la partenaire), flehmen, chevauchement sans
érection. Les baudets, en monte libre ou en monte en main, ne
copulent jamais immédiatement avec les ânesses en chaleurs. La
copulation n'interviendra qu'après plusieurs cycles d'intérêt et de
désintérêt pour les partenaires.
En monte libre, les ânesses participent
activement au rituel précopulatoire : d'après les travaux de Henry,
elles s'approchent environ 24 fois par jour pour stimuler le baudet
qui, de son côté, ne manifeste son intérêt qu'environ 6 fois par
jour. Ces périodes de désintérêt semblent bien spécifiques aux ânes.
Au cours de ces phases, le baudet ne reste cependant pas totalement
indifférent, il extériorise partiellement son pénis. Il semblerait
que ces « pauses » soient indispensables à la préparation de la
copulation proprement dite. La reprise des phases d'intérêt serait
initiée par les braiments des ânesses auxquels répond le baudet.
Alors que l'étalon garde généralement un groupe de juments, le
comportement du baudet est bien différent : il est territoriale et
le baudet saillit les ânesses qui s'approchent ou pénètrent dans son
territoire. Il est important de constater que de nombreux
chevauchements sans érection sont observés au cours des rituels.
Cela a des applications pratiques en ce qui concerne la monte en
main. Pendant la phase précopulatoire, enfin, il arrive que les
baudets se roulent par terre, sentent les crottins, défèquent et
urinent au-dessus, tout en se masturbant.
La réponse des ânesses
Les ânesses ont également des signes d'oestrus
(chaleurs) bien spécifiques : mâchonnements, oreilles couchées,
relever de la queue, acceptation du chevauchement par le baudet
voire par une autre femelle, miction... En monte libre, les ânesses
peuvent écarter le baudet pendant les premiers jours des chaleurs,
mais l'acceptation se fait petit à petit au fur et à mesure que le
moment de l'ovulation approche.
Comme chez les chevaux, une organisation sociale
du harem existe : quand elle est en chaleurs, l'ânesse dominante
cherche à écarter ses congénères afin de bénéficier en premier des
faveurs du baudet.
Déroulement de la saillie
L’érection survient en général quand le baudet
est à l'écart du groupe, qu'il broute ou se repose. Il se dirige
alors de manière décidée vers l'ânesse en chaleurs qu'il a choisie,
et qui n'est pas forcément la plus proche de lui.
La saille se caractérise par 5 ou 6 allées et venues du pénis
suivies d'éjaculation. A la suite de cela, l'ânesse saillie urine et
garde la queue soulevée pendant un certain temps. En monte libre,
l'intervalle entre les saillies est de l'ordre de 90 minutes,
l'ânesse pouvant être saillie jusqu'à 18 fois au cours de la même
période oestrale (chaleurs).
Une monte en main plutôt difficile
En raison de toutes ces particularités et
notamment de la succession de phase d'intérêt et de désintérêt de la
part du baudet, la monte en main est plus délicate que chez le
cheval. Il arrive que des échecs complets dans la récolte du sperme
soient observés. La présence humaine ou d'objets inconnus pourrait
avoir une influence sur la libido du baudet. En monte libre en
revanche la libido est naturellement très développée, le baudet
pouvant effectuer jusqu'à 11 saillies par jour.
Particularités des ânesses
Les ânesses présentent des particularités
multiples par rapport aux juments.
Les ovulations multiples semblent plus fréquentes
que chez la jument. Une étude menée chez 15 ânesses sur
54 ovulations indique près de 40% d'ovulations multiples. Ces
ovulations multiples sont aisément diagnostiquées par palpation
transrectale des ovaires ou par échographie. On sait que chez la
jument, la gémellité est pathologique, aboutissant généralement à un
avortement ou à la naissance de produits non viables. On ignore
encore l'incidence de la gémellité dans l'espèce asine, mais il
semble indiqué d'éliminer par écrasement l'un des deux embryons
quand des jumeaux sont attendus.
Chaleurs ovulatoires intermittentes :
elles correspondent à des périodes de réceptivité sexuelle normale
entrecoupées de courtes périodes de refus du mâle (quelques jours)
bien que le cycle suive son cours. L’éleveur doit donc se méfier et
ne pas interpréter une fin apparente des manifestations des chaleurs
comme la fin réelle de l'oestrus. Un suivi gynécologique est indiqué
pour ces ânesses (palpation transrectale et écographie).
Chaleurs silencieuses : à l'inverse des
précédentes, on ne note aucune manifestation comportementale de
l'oestrus alors même que le cycle se déroule normalement.
L'incidence de ces chaleurs silencieuses serait de l'ordre de 2%. On
ignore les causes de ces chaleurs silencieuses. Il arrive que
certaines femelles ne montrent des signes d'oestrus qu'avec certains
baudets. Des dosages hormonaux et des examens gynécologiques
permettent de constater la réalité de ces chaleurs silencieuses.
Persistance du corps jaune : la
persistance du corps jaune, une petite structure sécrétant de la
progestérone, au niveau de l'ovaire, après l'ovulation, induit
l'absence d'oestrus ovulatoire. Il faut la suspecter chez des
ânesses ne revenant pas en chaleurs. Une mesure des taux de
progestérone dans le sang permet le diagnostic de certitude. On
utilisera alors des molécules dites lutéolytiques (qui détruisent le
corps jaune) comme les prostaglandines. S’il s'agissait réellement
d'un corps jaune persistant, les ânesses reviennent en chaleurs en
48-72 heures.
En forme toute l’année
Des études ont par ailleurs été menées sur la
fertilité des baudets.
Elle ne semble pas subir de variations
saisonnières très importantes, tout au moins en ce qui concerne le
volume séminal, la motilité des spermatozoïdes, la concentration ou
la vigueur de ceux-ci.
Seul le pH séminal a des variations
caractéristiques mais discrètes.
On retiendra au total les principaux éléments qui
différencient l'âne du cheval :