Les meilleures conditions ne sont pas
toujours réunies, quant à la fréquence de pâturage ou encore au
temps de repos nécessaire à la prairie lors de la repousse.
L'intervention humaine peut, par une gestion éclairée des prés en
période défavorable et par le recours modéré à la fertilisation,
conduire à l'optimisation de l'exploitation des surfaces pâturables.
La vitesse et la qualité de la croissance des
végétaux sont dépendantes de facteurs environnementaux et
nutritionnels. Les conditions climatiques sont fondamentales, et la
période hivernale froide et sombre n'est pas propice à la
végétation. Les pâturages doivent alors faire l'objet de précautions
particulières.
Les facteurs nutritionnels sont quant à eux le
résultat du cycle naturel du sol enrichi par des apports exogènes :
défécations des animaux, végétaux morts, azote atmosphérique fixé
par les bactéries hébergées par les légumineuses. Il est possible
d'agir directement sur ces facteurs par le biais de la
fertilisation.
La fertilisation, un enjeu économique
Augmenter la possibilité d'apport alimentaire par
le pâturage est le souci de beaucoup d'éleveurs qui ne disposent que
d'une surface limitée, souvent bien en dessous d'un demi hectare à
un hectare par cheval. Certes l'indice foliaire (voir
comment l'herbe pousse) est une valeur plafonnée, mais elle
n'est atteinte que lorsque tous les éléments nécessaires à la
croissance sont présents, et d'autant plus rapidement que les
conditions sont idéales.
Or une augmentation de la vitesse de croissance
permet de mettre les animaux plus tôt au pré et de raccourcir le
temps de repousse entre chaque exploitation. Une croissance en
environnement idéal est aussi garante d'une bonne qualité
alimentaire de l'herbe. L'enjeu économique est important et justifie
le recours à la fertilisation. Pour croître, les plantes ont besoin
non seulement d'air, d'eau et de lumière, mais aussi de macro et
d'oligoéléments, la plupart constituant ce qu'il est convenu
d'appeler la fumure de fond.
La fumure de fond
Soufre, magnésium, calcium, phosphore, potassium,
fer, cuivre, zinc, comme tous les êtres vivants, les plantes ont des
besoins étendus. Les éléments les plus importants dans cette liste
sont le phosphore (P) et le potassium (K), ainsi que le calcium
(Ca). Les besoins en P et K des prairies étant assez faibles, il
faut se garder d'en faire un apport massif ce qui n'aurait pour
effet que d'enrichir le sol et de générer une perte financière. En
revanche, une carence en ces éléments peut également coûter cher par
baisse de productivité. La solution à ce problème est un apport
discret mais régulier.
Combien faut-il apporter ? Seule une
analyse de la prairie permet de répondre à cette question. Cela
consiste à faire pratiquer, par un laboratoire spécialisé, un dosage
de P et K dans le sol, ou encore mieux et plus fiable, ce même
dosage dans les plantes. Pour connaître le laboratoire proche de
chez vous, renseignez-vous auprès d'un agriculteur ou d'une
coopérative voisine. Dans tous les cas, il conviendra de faire la
correction très progressivement en étalant les apports sur plusieurs
années. Chaque apport doit être plafonné à 60 Kg P et 160 Kg K par
hectare (chiffres INRA) maximum, et il est en général préférable que
la quantité de K soit supérieure ou égale à deux fois la quantité de
P.
Quand faut-il apporter ? C'est au moment
où la plante en a besoin, c'est-à-dire juste avant la phase de
démarrage en fin d'hiver qu'il est nécessaire d'agir. En France, la
meilleure période est de début février à début mars. Les besoins
ultérieurs lors des repousses successives en été et en automne
seront assurés par le système écologique de la prairie, incluant le
recyclage des crottins.
Que faut-il apporter ? L'apport doit se
faire sous forme de sels rapidement disponibles donc très solubles,
ce qui est le cas de toutes les présentations de potassium. En ce
qui concerne le phosphore, les formes les plus usitées sont le
phosphate d'ammonium, le phosphate bicalcique et les
superphosphates.
L'azote, le moteur de la croissance
Le rendement en agriculture est déterminé
principalement par l'azote (N) disponible pour la croissance. Pour
cet élément aussi, les besoins des prairies sont modestes. Les
apports excédentaires perturbent la croissance des légumineuses et
favorisent l'apparition de maladies sur les végétaux. Ils sont à
l'origine de la pollution majeure actuelle des cours d'eau et même
de l'océan, car la fraction non exploitée est lessivée par les eaux
de pluie et devient la nourriture d'algues vertes dangereuses. La
modération doit être de mise.
Combien faut-il apporter ? Le dosage de
l'azote dans le sol ou dans les plantes présente peu d'intérêt, ces
chiffres étant extrêmement variables en fonction de la pluviométrie
ou du stade de croissance végétale. Ils ne peuvent donc pas servir
de base de calcul. Les apports réalisés sont conventionnellement de
25 à 50 Kg N par hectare. Encore que ce maximum de 50 Kg soit un
chiffre plus adapté aux bovins dont les besoins azotés sont plus
importants que ceux des équidés. Il est préférable de se tenir au
bas de la fourchette.
Quand faut-il apporter ? Comme pour la
fumure de fond, l'apport doit se faire au démarrage de la végétation
en fin d'hiver. Le relais sera fait en été et en automne par la
dégradation bactérienne de l'azote organique contenu dans le sol et
par la fixation de l'azote atmosphérique par le biais des
légumineuses. La fertilisation azotée des prairies en été et en
automne n'est pas nécessaire et contribue essentiellement à aggraver
la pollution.
Que faut-il apporter ? Ce sont les formes
nitriques et ammoniacales de l'azote qui sont le plus fréquemment
utilisées. L’urée, source organique d'azote, est plus délicate
d'utilisation : une grande partie est perdue par volatilisation dans
l'atmosphère de l'ammoniac dégagé, ce qui réjouit rarement le
voisinage...
En pratique...
La première étape d'une fertilisation raisonnée
est le dosage des macroéléments que sont le potassium et le
phosphore (mais aussi du magnésium et du soufre) dans la terre ou
dans les plantes de la pâture concernée. En fonction des résultats,
un engrais est choisi. Par commodité, on utilise un engrais ternaire
dit engrais NPK, à moins qu'un seul élément ne soit à apporter. La
quantité à l'hectare est ensuite calculée, en gardant bien à
l'esprit qu'un kilo d'engrais n'est pas égal à un kilo du
macro-élément apporté. Par exemple, 100 Kg d'ammonitrate apportent
33,50 Kg N. Si on veut apporter 25 Kg N par hectare, il faudra donc
(100*25)/33.50 = 75 Kg d'ammonitrate par hectare.
Enfin, les résultats escomptés ne seront obtenus
que si l'engrais est correctement épandu. Cela doit être fait au bon
moment, c'est-à-dire en fin d'hiver, par temps sec et sur terre
humide, pour obtenir une dissolution rapide sans pertes excessives
et polluantes par lessivage. Le recours à un distributeur mécanique
monté derrière un tracteur permet la répartition homogène de
l'engrais sur toute la surface de la prairie. Ces machines sont
réglables et il est possible de doser précisément la quantité
utilisée à l'hectare. Si vous ne disposez pas d'un tel outillage,
n'hésitez pas à faire appel à un agriculteur ou à une entreprise de
travaux agricoles. Cela n'est pas très onéreux.
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Les
légumineuses sont une source d'azote non négligeable : elles
couvrent plus de 20% des besoins de la prairie, |
Références : Pierre Castillon
et col. : la fertilisation des prairies. Chambre d'agriculture
Midi-Pyrénées ~ Claude Gueydon : vers une meilleure fertilisation
des prairies. Chambre d'agriculture de la Loire ~ Pascal
Le Coeur : la conduite des prairies. Chambre d'agriculture du
Finistère ~ Revue "Cheval santé" n° 29.