|

Le trèfle blanc est une légumineuse commune dans les
prairies.
Et les légumineuses dans tout ça ?
Si les graminées sont la composante la plus
importante de la flore prairiale pour le cheval, les légumineuses ne
sont pas pour autant négligeables. Il s'agit des trèfles, luzernes,
lotiers, vesces, sainfoins...
En tant qu'apport alimentaire, leur incidence est
moyenne. Certes elles sont riches en protides, mais les besoins en
ces éléments sont bien moins importants chez les équidés que chez
les vaches laitières. D'ailleurs, les ânes et chevaux en consomment
peu, préférant les graminées, ce qui n'est pas plus mal : un apport
excédentaire en protéines est préjudiciable à l'animal. De plus,
certaines légumineuses ne sont pas dénuées de toxicité. Il est
habituel de considérer qu'un pâturage destiné à l'alimentation des
âne et chevaux ne doit pas comporter plus de 25% de légumineuses.
Attention, cela ne signifie pas qu'il faille, lors de semis, mettre
en terre 25% de graines de légumineuses. En effet, par leur
performance en croissance et en colonisation d'une part, et par leur
sous-consommation par les équidés d'autre part, les légumineuses
représenteraient rapidement plus de 50% de la flore du pré ! En fait
par ensemencement naturel, l'équilibre graminées/légumineuses se
crée spontanément. Il vaut mieux donc ne semer que des graminées.
L’importance des légumineuses réside surtout dans
leur capacité de fixer l'azote atmosphérique par le biais des
bactéries symbioses qu'elles abritent dans leur système racinaire
(figure ci-après). Cela permet un apport en engrais naturel, qui
sera exploité par les graminées. |
|
Une prairie est un écosystème complexe
composée d'un sol, de plantes (flore) et de petits animaux (faune).
Ce système en équilibre est bien sûr perturbé par l'arrivée
d’équidés dont l'activité essentielle est d'ingérer les végétaux en
grande quantité, plus de 25 kilos d'herbe par jour pour l’âne et
plus de 50 kilos d'herbe par jour pour le cheval ! Pour bien gérer
une pâture, il est donc préférable d'avoir quelques connaissances
sur ces végétaux.
Dans un esprit de simplification, on peut dire
que la flore d'une prairie est composée de graminées, vulgairement
appelées herbes, de légumineuses et d'autres plantes neutres ou
indésirables. Dans le cas des équidés, l'essentiel de l'apport
alimentaire est fait par l'herbe : ray gras, pâturin, fétuque,
brome, flouve, etc... Toutes ces graminées ont un mode de croissance
sensiblement identique.
La repousse
La repousse se fait à partir de ce qu'il reste de la plante
après pâturage ou fauchage, ou à la sortie d'un stade végétatif
saisonnier. Grâce aux réserves contenues pour une proportion majeure
dans la partie basse de la tige, le plant émet une première feuille,
courte et fine, qui lui permet de reprendre la photosynthèse. Puis
poussent une seconde feuille, plus grande et plus large, et une
troisième encore plus importante. Lors de la croissance de la
quatrième feuille, la première meurt. A partir de ce stade, il n'y
aura plus d'augmentation de la surface foliaire : l'apparition d'une
nouvelle feuille est concomitante à la mort d'une autre, et alors
que la tige fait son apparition, on observe une sénescence
progressive des feuilles commençant par leurs extrémités. La tige
s'étend vers le haut avec à terme formation d'un épi, floraison et
développement de graines. Après l'épiaison, la plante retrouve un
stade végétatif.
|

La
repousse : à partir des réserves contenues dans la tige, des
feuilles sont émisses successivement. À partir de la
quatrième, la feuille la plus ancienne régresse et il y a plus
alors de croissance utile d'un point de vue alimentaire. |
Le tallage permet, à partir d'un seul plant de
graminée, d'en obtenir plusieurs. Lorsqu'un plant est en
contact du sol après couchage, de nouvelles racines se
développent et des plants poussent tout au long de la tige.
Cela permet d'augmenter la densité de la prairie, et donc son
indice foliaire. Le tallage est favorisé par le piétinement,
mais aussi par le roulage après semis.
 |
La repousse n'est donc pas un phénomène de durée
illimitée. Elle ne se produit qu'en dehors des périodes végétatives,
et surtout pour les graminées, au printemps entre le moment du
démarrage de la végétation et jusqu'à l'épiaison, puis lors de la
repousse d'automne. Le temps écoulé entre la sortie de la phase
végétative et l'épiaison n'est pas identique chez toutes les
espèces. Par exemple, il est très court pour le ray-grass italien
mais beaucoup plus long pour le ray-grass anglais tardif ! La
quantité de matière alimentaire obtenue pour un plant n’est pas non
plus infinie, puisque après la pousse de la quatrième feuille, il
n'y a plus de gain de quantité de feuille.
Indice foliaire
L’indice foliaire est une variable qui permet
d'estimer la quantité d'herbe apportée à l'animal par mètre carré de
pâture. Plus cet indice est élevé, plus la prairie est riche.
L'indice foliaire est dépendant bien sûr du nombre de feuilles par
plant et de leur taille. Il s'élève tout au long de la repousse et
plafonne après la croissance de la quatrième feuille. Puisqu'il
n'est pas possible d'augmenter le nombre et la taille des feuilles
de chaque plant, la seule façon d'augmenter cet indice est d'avoir
un plus grand nombre de plants au mètre carré. Ceci est obtenu par
un semis serré, mais aussi et surtout par
tallage. Trois phases sont observables :
 | La phase 1, ou phase de démarrage : la prairie revient
à cette phase après chaque pâturage. Elle correspond à la période
pendant laquelle ce qui reste de la plante va mobiliser son
énergie pour fabriquer la première feuille. Pendant cette période,
la pâture n'est pas utilisable, puisqu'elle ne peut apporter de
matière alimentaire. La durée de la phase de démarrage est
allongée après surpâturage car dans ce cas, les tiges ont été
coupées à ras du sol et une grande partie des réserves
énergétiques a disparue. Au contraire, cette phase sera plus
courte si l’herbe a été peu mangée.
|
 | La phase 2, ou phase de pousse : les feuilles
apparaissent progressivement, et l'indice foliaire est en
constante progression. Une mise en pâture trop précoce arrête
cette augmentation et ramène trop rapidement la pâture en phase 1.
|
 | La phase 3, ou phase de plafonnement : la
dégénérescence des feuilles déjà poussées annule l'apport des
nouvelles pousses. L’indice foliaire de la prairie est à son
maximum, elle peut être utilisée. Dans des conditions climatiques
optimums et sur un sol convenablement riche, l'ensemble de la
phase 1 et 2 dure entre 20 et 30 jours.
|
|

Progression de l'indice foliaire lors de la repousse. |
Métabolisme des plantes légumineuses.
 |
Conclusions pratiques
La mise à l'herbe doit se faire après
l'apparition de la quatrième feuille, et avant l'épiaison, au moment
où la prairie présente le meilleur apport alimentaire.
Un repos d'au moins 20 jours doit être respecté
entre chaque phase de pâturage, pour laisser le temps à la phase de
démarrage et à la phase de pousse de se dérouler correctement.
Le pâturage ne doit pas se faire jusqu'à
épuisement de la prairie, de manière à respecter les réserves
énergétiques disposées dans la tige de chaque plant.
Les zones très abîmées doivent disposer d'un
temps de repos bien plus long. Par exemple, il est possible de les
protéger par une clôture électrique.
Une rotation rapide permet de raccourcir la phase
de démarrage. Ne pas hésiter à faire des petites parcelles dans les
prairies en déplaçant souvent les animaux.
Des surfaces trop grandes sont mal pâturées, avec
des zones d'hyper fréquentation et d'importantes aires de refus.
Cela génère une perte de surface majeure jusqu'à 30% du pré.
Lors d'ensemencement ou de réensemencement,
préférer des graminées ayant une épiaison la plus tardive possible
après le départ de la végétation. Les stars sont le ray-grass
anglais tardif et la fétuque élevée, la palme revenant à la fétuque
élevée méditerranéenne.
Cependant, ce n'est pas le seul critère de choix
d'une graminée. Il faut également que celle-ci soit adaptée aux
conditions climatiques de votre région : par exemple, le ray-grass
anglais tardif ne pousse plus au dessus d'une température de 25°C !
Pour une exploitation optimale de la praire, il
faut aussi tenir compte des saisons et de l'apport que peut faire
l'éleveur à ce système prairial par la
fertilisation.
Références : Pascal Le Coeur
de la Chambre d'Agriculture du Finistère ~ Revue "Cheval Santé"
n° 28.
|