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Il est bien connu du grand public
que le mulet est un hybride... La chose se complique considérablement
lorsqu'on cherche à savoir ce qu'implique ce mot et comment ce fameux
hybride est fabriqué ! La fréquentation de nombreux salons en qualité d'accompagneur
des mules des Pyrénées m'a donné l'occasion d'entendre des versions tour à
tour fantaisistes, navrantes ou au contraire du plus grand effet comique...
Mon propos ici n'est pas de m'adresser au grand public et
de faire de la vulgarisation, mais plutôt d'attirer l'attention de quelques
producteurs de mules existant encore en France, sur plusieurs points :
 | D'une part, l'image de marque du mulet en France est désastreuse (la
majorité des gens s'imaginent que les mulets sont petits, vicieux,
méchants, tapeurs et mordeurs, mais qu'ils ont le pied sûr !).
Il faut savoir que dans le même temps, le mulet, emblème de la conquête de
l'Ouest américain, est hautement considéré dans ce pays où différentes
associations très dynamiques veillent à produire des types nettement
identifiés. C'est ainsi qu'on distingue les mules "à coton", les mules de
bât, les mules de course, les mules de trekking, etc.
Des rassemblements somptueux ont lieu dans l'Oregon et la Californie. Les
reproducteurs les plus fréquemment utilisés sont les catalans et les
baudets du Kentucky pour les mâles, et les pur-sang anglais, Quater Horse,
Appaloosa et ardennais, suédois ou belges pour les femelles. Des
programmes de courses, concours hippiques, etc., sont organisés.
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 | D'autre part, il n'existe pas en France de différenciation
administrative (d'appellation contrôlée) entre des mulets produits en
Poitou par exemple et en Pyrénées. Le SIRE-POMPADOUR qualifie
indifféremment ces animaux pourtant très différents phénotypiquement de
"mulets". |
Or sans être un expert en marketing, force est de
constater que le marché du mulet a bien évolué depuis un demi-siècle. En
revanche, le comportement des producteurs à quelques exceptions près, lui,
ne s'est pas modifié. Grosso modo, on se contente de se débarrasser, au prix
fixé par quelques très rares marchands italiens ou espagnols, des muletons
au sevrage.
Fort de l'expérience pyrénéenne menée par le Conseil
Régional du Midi Pyrénées en liaison avec la direction des Haras de Tarbes
depuis 1989, il me parait que la situation peut être notoirement améliorée
pour l'avenir commercial (c'est à dire pour l'avenir tout court !) du mulet
en général et celui des éleveurs des bassins de production en particulier,
qu'on peut classer traditionnellement en quatre zones d'importance
variable :
- Le Poitou (circonscriptions des Haras de Saintes et de La
Roche-sur-Yon).
- Les Pyrénées (circonscriptions des Haras de Tarbes, Gelos et Uzès).
- Le pays de Seyne (circonscription d'Uzès).
- Les Savoies et Dauphiné (circonscription d'Annecy).
Voici ce que je propose avec la seule prétention ou
plutôt l'espoir, que mes confrères, dresseurs ou marchands, voudront bien
donner un écho favorable à ces idées.
Réunir tous les partenaires des "berceaux" précités, au
sein de la Fédération Nationale Asine et Mulassière pour réfléchir ensemble
à la réhabilitation du mulet français. Dans cette optique, demander aux
instances concernées d'ouvrir des programmes sportifs de courses ou de
compétitions de tous ordres, et cela pour nos mulets. Sachez par exemple que
ceux-ci n'ont pas accès aujourd'hui aux compétitions d'attelage organisées
par la Fédération Equestre Française ! Définir pour chacun des foyers de
production, le cahier des charges permettant "l'appellation contrôlée"
figurant sur le certificat d'origine officiel édité par le SIRE.
Le client aujourd'hui, par définition non professionnel,
a plus que jamais besoin du "papier" pour garantir l'origine des animaux :
le temps des wagons entiers de mulets pour l'exportation, l'armée, les
forestiers et autres viticulteurs du Midi est bien révolu, changeons donc
nos méthodes de vente.
A titre tout à fait indicatif, voici ce que pourrait être
"la formule génétique" des différents types de mulets produits dans
l'hexagone.
 | Le poitevin : c'est le géant de l'espèce. De grand format,
volumineux, très armé dans son squelette, il est parfait pour le trait
lourd, le camionnage, le débardage. D'un poids atteignant 700 kg, il peut
toiser couramment 1,70 m et sa robe est sous poil isabelle (c'est une de
ses originalités), noir, bai, gris, très rarement alezan. Son père comme
sa mère appartiennent aux races asines et chevalines mulassières du
Poitou. C'est le cas le plus simple.
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 | Le pyrénéen : produit de l'Atlantique et de la Méditerranée, sa
formule est toujours expressive, distinguée, plus légère dans les
jointures, le tissu fin, le tendon sec, l'oreille coquette, l'œil noble et
l'action rapide. On peut recruter dans cette population d'excellents
animaux d'attelage fins, de bât, de trait léger et parfois, dans les cas
les plus réussis et quand la mère s'y prête, d'excellentes montures. Le
père est toujours à poil ras, catalan ou pyrénéen. Le poids n'excède pas
600 kg pour une taille de 1,60 m au maximum. La mère est choisie en
fonction de l'utilisation recherchée pour le futur mulet. C'est
généralement la Postière bretonne, légère et active, qui est recrutée
comme mulassière, mais également de fortes juments de selle de type
trotteur ou demi-sang. La robe la plus caractéristique de la mule des
Pyrénées est le noir et le bai brun.
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 | Le mulet seynard : animaux de bât au pied sûr en montagne, ils
étaient utilisés pour les travaux des champs et l'exploitation forestière.
La demande était très forte, l'essor économique a permis à de nombreuses
famille de sortir de leur modestie. Chaque ferme produisait 2 à 3 muletons
par an qui partaient dans toute l'Europe et en Afrique du Nord, l'élevage
mulassier y remonterait au XIIe siècle.
Maintenant produit dans l'une des plus ancienne station mulassière des
Haras nationaux, Seyne-les-Alpes en Haute Provence, le mulet seynard est
étroitement tributaire du commerce avec l'Italie. Or, on achète ce que
l'on connaît. De la même manière qu'en Pyrénées les marchands espagnols
achetaient en confiance les mules issues de leurs baudets catalans, les
courtiers piémontais fournissaient à Seyne des baudets Martina-Franca.
L'administration des Haras a d'ailleurs longtemps et à juste titre
maintenu cette coutume. Quant à la jumenterie, elle a considérablement
évolué au cours des âges, mais on peut dire qu'elle est quasiment composée
aujourd'hui de poulinières comtoises, crins lavés, de format moyen. Rien
d'étonnant à ce que les mules issues de cet accouplement italo-comtois
soient ragotes, brévilignes, et donc avec une musculature ronde et pleine,
sous poil alezan.
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 | Le mulet savoyard : les Savoies ont traditionnellement produit
des mulets "à consommer localement" pour l'agriculture de montagne, mais
aussi des animaux destinés aux marchands dauphinois, notamment à
Romans-sur-Isère, véritable plaque tournante internationale du commerce du
mulet (jadis), qui les revendaient partout en France et surtout au service
des "remontes militaires" pour remonter les régiments d'artillerie de
montagne (chasseurs alpins). Pour donner du "gros" aux produits issus de
petites juments montagnardes, on a toujours préféré le baudet poitevin.
Aujourd'hui, la jumenterie est constituée de petites juments comtoises
choisies sous poil bai afin que les mulets affichent cette robe. Trapu,
bref, le mulet savoyard se recommande pour le bât bien que cela ne soit
pas son usage exclusif. |
Avant de boucler la boucle, je précise pour ne froisser
personne, que bien évidemment on a connu à la grande époque du mulet,
d'autres zones de production par exemple le Massif Central... On ne fait pas
du vin qu'en Champagne, Bourgogne ou Bordelais. Je n'ai fait que citer les
zones traditionnelles. Il me reste à espérer que la commission mulassière de
la F.N.A.M. (Fédération Nationale Asine et Mulassière) et que toutes les
personnes conscientes de la nécessité d'organisation de la production
mulassière se mettent à l'unisson un jour afin de réhabiliter ce summum de
la civilisation du cheval, cet hybride génial, le mulet.
La mule poitevine et la mule des Pyrénées sont des
races reconnues depuis par les Haras nationaux.
Texte de Olivier Courthiade
(École des mules de Méras, 09240 Nescus) et photos DCO /aNet. |

Un mulet de
taille moyenne (1,20 m) |
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Un mulet au
mondial de Mortagne-au-Perche. |
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Une mule croisée
anglo-arabe (alezan, taille 1,40 m) |
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Une mule croisée
pur sang anglais (bai, taille 1,50 m) |
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Une mule
poitevine au salon du cheval de Paris. |
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"Lili", mule
bâtée par l'association Cairn. |

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