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De
l'Antiquité à nos jours, l'âne exerce une telle influence qu'il s'illustre
dans la culture sous plusieurs images. Sacré pour certains, méprisé par
d'autres, on a fait de lui un personnage de contes et de légendes, une
entité parfois à la mauvaise réputation, un bouc émissaire sujet à toutes
sortes de fables, car en réalité l'âne a "bon dos". Pourtant, véritable
source d'inspiration, il nous livre ses secrets d'âne, nous renvoyant
parfois une image ancrée à l'humanité comme un miroir à double face. |
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Qualités ou défauts, l'âne
est bien un reflet de la société au travers des âges, car depuis plus
de cinq mille ans il accompagne les hommes sans ménager sa peine, et
d'aussi loin que l'on peut remonter dans le temps, certaines
caractéristiques morphologiques ou participations font qu'il reste lié
étroitement à la culture.
Souvent sujet de légendes ou
balivernes, son image est pourtant souvent salie. Bête, têtu ou
méchant, parfois il représente la colère ou le danger. Les ânes rouges
de l'Égypte ancienne incarnaient le maléfice si d'aventures les
âmes en route vers l'au-delà le rencontraient. Une superstition
qui s'explique, car dans ce cas les auteurs évoquent certainement
l'Hémione, ce demi âne à la robe rouge, si difficile à dresser.
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Terre cuite
originaire du Mali. |
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Sur l'île de Ré,
les fameux ânes à "culottes" sont utilisés à diverses tâches,
notamment la pêche à la crevette. |
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Mais au-delà du mythe ou de la légende, des histoires
ou des interprétions qui se suivent et ne ressemblent pas, la réalité est
là. Dans la mythologie grecque ou plus précisément mysienne, les ânes par
milliers furent sacrifiés au nom de Priape, fils de Jupiter et de Vénus,
dieu de la fécondité abandonné par Vénus. Par la suite, la dérive
légendaire voulut que l'âne de Priape soit affublé d'un membre
sexuellement démesuré... Enfin, d'après la légende grecque et romaine,
Apollon, fils de Jupiter, aurait puni le roi Midas en l'affublant de
grandes oreilles, car ce dernier préférait la flûte d'un rival (Pan), nous
rappelant d'ailleurs le bonnet d'âne distribué naguère dans nos écoles.
Chez les Romains, l'âne de Bacchus (monté en réalité
par Silène son fidèle serviteur) transporte des vases emplis d'alcool.
Résultat ? En associant plaisir du vin et plaisirs terrestres, il devient,
malgré lui, compère de débauches. En revanche, "Les Vestalia" fête romaine
en l'honneur de la déesse Vesta, fille de Jupiter et Rhée, célébrée le 8
et 9 juin, redore son blason en mettant en avant des processions d'ânes
couronnées de fleurs.
Prix de littérature ?
Certains ouvrages très anciens sont consacrés à
l'âne, mais sont souvent orientés vers la dérision. |
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Attelage montagnard
dans les pyrénées.
L'âne est utilisé pour guider plus que pour tirer. |
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Ne s'effrayant pas
du bruit des bombes, les ânes ont servi aux ravitaillement des soldats
dans les tranchées.
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Le célèbre Homère, grand
poète de l'Antiquité, né environ 900 av. J.-C., auteur entre autres du
célèbre poème L'Iliade, tableau émouvant du siège de Troie,
transforme Ajax (vaillant combattant après Achille) en âne au moment
où celui-ci, perdant la raison, se jette sur les troupes de sa propre
armée... Plus récemment, l'écrivain latin Apulée, né en Afrique vers
128 après notre ère, choisit le titre original Des Métamorphoses ou
l'âne d'or d'un roman (11 livres) qui fit sa réputation en
retraçant les mœurs de l'époque.
Au Moyen âge, Jean Buridan, docteur en philosophie,
a laissé de nombreuses fables attachées aux traditions populaires,
dont L'âne de Buridan représentant quelqu'un qui ne sait pas se
décider, car l'âne pressé par la faim et la soif se laissa mourir
entre une mesure d'avoine et un seau d'eau... À la Renaissance, le
philosophe italien, Giordano Bruno, immortalise l'âne en modèle
d'érudition. Coupable d'hérésie, il fut brûlé à l'âge de 50 ans.
Enfin, en 1694, Charles Perrault lance le fameux conte Peau d'âne,
repris d'ailleurs au cinéma avec succès, comme l'âne du serviteur
Sancho Pacha dans le célèbre roman d'aventures de Don Quichotte.
Devenu célèbre, l'âne vedette atteint son apogée également en
1956, grâce aux recueils de poèmes de l'auteur espagnol Juan Ramon
Jiménez Mon âne et moi qui obtient un prix Nobel de
littérature. |

Les mules ont été
utilisées en Europe dans les différentes armées. |
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A Berk, les malades
étaient promenés sur la plage dans des voitures spéciales tirées par
un âne. |
Le lait d'ânesse
est utilisé depuis la nuit des temps.
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Gravure
ancienne : l'âne a été utilisé dans tous les pays du monde. |
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photo : DOL /aNet

Une mosaïque de
la villa romaine de Casale (sicile), datant du IIIe siècle
apr. J.C.
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Statuette en
bronze originaire d'Afrique. |
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Les mules se
sont rendues célèbres par leur utilisation dans l'armée suisse. |
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Au-delà de la
caricature d'âne fou, ignorant ou monture du pauvre, les écritures
bibliques permettent à l'âne de retrouver une plus juste valeur à
travers plusieurs citations revalorisant et revendiquant sa
gentillesse, son courage et son dévouement pour l'homme. Les récits ou
des poèmes laissent également une large place à l'art pictural. Le
peintre italien, Giotto di Bondone, au XIVe siècle illustre très
sérieusement, dans la chapelle Scrovegni, la fuite de l'enfant jésus
en Égypte juché sur un magnifique âne gris.
Tantôt symbole de sagesse et de
douceur, l'âne est pourtant souvent raillé, car on se moque de ses
grandes oreilles. Michel Ange métamorphose, sous son pinceau, les
hauts fonctionnaires en ânes pour se moquer du clergé et retrace une
nouvelle fois l'histoire du roi Midas et ses grandes oreilles. Au XIXe
siècle, l'âne bateleur, véritable personnage de la commedia dell'arte,
s'impose à la tête du cortège de Polichinelle. Nombres de gravures
imposent sa caricature. Dessiné par les fabulistes, croqué par les
étudiants, il reste le symbole de l'ignorance, très présent pendant
les fêtes médiévales en dirigeant, costumé, les fous du roi.
Même constat, au début du siècle,
pour l'âne écolier, stigmatisé par Hachette, les bonnets d'ânes
faisant la couverture des fascicules d'orthographe.
En revanche, quant il s'agit
services rendus, l'âne respectable pose avec les femmes de marins
bretons, normands... les fermiers ou les gens de la ville et
s'illustre sur de multiples photographies transportant poissons,
victuailles... convoyant familles à l'église ou au marché. Immortalisé
sur les archives, aux quatre coins du monde, on le voit œuvrer aussi
aux champs pour les petits travaux de labour. Notons l'aquarelle du
peintre François Flameng montrant l'importance du rôle de l'âne dans
les tranchées de la Guerre 14-18, pour transporter soupe et munitions.
Ouvrages, romans, poèmes, contes, art pictural... si l'âne est
partout, il apparaît sur des monnaies grecques, gauloises, représente
le blason de certaines armes de familles nobles du Moyen âge, fusionne
aussi avec les bronzes animaliers du XIXe siècle. De tous temps, il
poursuit son chemin en se faisant remarquer par des artistes de
secteurs différents. L'opéra d'Offenbach, théâtres, chansonniers,
marionnettistes, poètes de notre temps... Tout le monde s'intéresse au
petit âne, et en s'inspirant de la période biblique, les sculpteurs
l'érigent également haut et fort.
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Comme dans
d'autres régions de France, c'étaient souvent les femmes qui
menaient les ânes. |
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Citations
d'auteurs :
A toutes
les époques, la plupart des auteurs qui s'intéressent à l'âne, ne
l'ont pas ménagé. Symbole de l'ignorance, entêté et méchant, sujet à
moqueries affublé de ses grandes oreilles... Dans l'ensemble,
proverbes, citations ou maximes ne le mettent pas souvent en valeur,
voir ci-après :
"Dans les temps
anciens, il y avait des ânes que la rencontre d'un génie faisait
parler. De nos jours, il y a des hommes que la rencontre d'un génie
fait braire."
Victor Hugo
"C'est toujours
l'âne qui brait le plus fort qui est le plus racé ; la bêtise est
tonitruante." Malcom de Chazal
"Les ânes
préfèrent la paille à l'or." Héraclite, VIe siècle av. J.-C.
"Le plus ânes
des trois n'est pas celui qu'on pense." Lafontaine, Le meunier son
fils et l'âne
"Nul ne sait
mieux que l'âne où le bât blesse." X., proverbe du
Moyen âge
"Si
vous donnez de l'avoine à un âne, il vous le paiera d'un coup
de pied." X., proverbe du Moyen âge |
Certains
moines travaillent le chêne massif en illustrant l'âne monté par Jésus
(visible dans l'Église de Varenne en Croix (Somme). Même découverte
religieuse, au musée de Colmar ou dans une abbaye du Tarn et Garonne
où des statuettes représentent l'arrivée de Jésus à Jérusalem...
Également visible sous les chapiteaux d'églises, le travail des
vitraux retrace l'histoire de l'âne dans la bible. Sculpté dans la
pierre, il s'érige encore dans les plus grandes cathédrales
françaises. Acteur principal de la crèche, de nombreuses peintures ou
sculptures l'illustreront. Enfin, un tel débordement culturel a
certainement sa raison d'être, car l'âne fait bien partie intégrante
de l'histoire de l'humanité même si souvent "il a bon dos".
Sa douceur, sa simplicité et son
humilité ont servi l'homme sans relâche jusqu'à aujourd'hui, mais
surtout véritable personnage biblique par la force du courant
religieux, compagnon de Jésus de la crèche jusqu'à son entrée dans la
ville sainte, l'on ne peut évoquer l'Equus asinus sans penser à
sa présence avec le Christ. Une présence qui lui vaut son entrée dans
l'histoire pour s'illustrer dans la culture légendaire au pays des
grandes oreilles. Une légende parfois exacerbée où l'âne a la place
que l'on veut bien lui donner...
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L'âne remplace
parfois les rennes du Père Noël dans les images traditionnelles. |
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Image
traditionnelle de vendeuses de lait.
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Un des livres les
plus complets écrit exclusivement sur l'âne : une rareté. |
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